Sept flashs.

Publié le par BUK

Mes cuisses comme des passoires - piquées de partout et bleues - quatre par jour - une prise de sang tous les deux jours - j'ai huit ans et je pèse vingt deux kilos - je recrache les pilules de fer qu'on me donne - dans les toilettes - je suis seul dans cette maison de repos après l'Hôpital - seul avec mes camarades mais ils sont tellement malades... leurs rires perdus dans les cris et les pleurs et il y a le parc avec Blanche Neige et les sept nains - maman ne peut pas venir me voir tous les jours - j'ai peur.



J'arpente les rues et je vois ton visage dans une flaque de boue - le désespoir me tient le coeur et se balade entre la rue Voltaire et la place du village où l'ombre de l'église jette son drap de fraîcheur sur un banc - sur notre banc - en ce temps là je te prenais le bras aujourd'hui je dépose des fleurs et Tergal sur le marbre froid de ta dernière demeure - un cri perce le silence - un chien dans la rue hurle pour ne pas entendre le fracas des taules froissées et ton coeur s'arrêter à jamais.



Je cherche Aurélia dans la bibliothèque Universitaire - je ne la vois pas alors j'arpente la salle silencieuse à travers les rangées de livres précieux - un trésor ! Mais je m'en fout de tous ses bouquins ! Je veux la voir ! Elle - Aurélia - la petite rouquine aux yeux verts - et je cours dans les rayons un peu ivre de tous ces cours séchés - quelques bières dans ma renault huit pourrie par moins cinq degrés à lire les confessions de Jean-Jacques Rousseau - à accrocher mes poèmes au guidon de son vélo - à l'attendre pour pouvoir la voir passer dans l'allée centrale - l'attendre des heures entières assis au soleil à fumer des joints sur la pelouse interdite en attendant le cours d'atelier d'écriture.

 



Je suis défoncé et Aline veut passer par la fenêtre - je pense je l'aime mais ses potes sont des sauvages et dans cette nuit électrique où Lou Reed s'enfonce une guitare bleue dans les veines - je pense que je ne la reverrai jamais.



Elle passe lentement derrière moi et souffle dans mon cou - elle me dit que l'oeil de mon Bouddha jaune lui fait peur - elle se recoiffe et se rhabille en vitesse et ouvre les volets avec fracas et cris dans la nuit " meeeeeerrrrrde !!! " - je ne sais même plus si c'est un cauchemard ou la réalité - comme cette chambre dévastée - le petit Bouddha en miettes et elle en manque dévalant les escaliers en quête d'une furieuse piqûre - un sax argenté geint dans le box d'à côté - blues.



Mamie tricote derrière sa fenêtre - où tout se passe - et Papy au fond de son jardin en train de nourrir ses lapins ou de chanter des chansons des gens des corons.



Je suis sur la route - à vive allure dans la nuit - le poste crache un blues de Tom Waits - je suis vivant et je crie je chante et je braille en même temps que Tom qui me parle de son piano ivre - je suis vivant en changeant de vitesse - tant pis pour le clignotant ducon ! J'avance sur cette putain de route - je ne pense à rien juste à écraser le champignon - droit dans mur ? Non ! Au prochain virage ? Non ! Dans le prochain trente-huit tonnes que je double ? Non ! J'aime la vie - cette putain de vie à la gueule de chien conconcassée - la fenêtre est grande ouverte et le vent s'engouffre dans l'habitacle illuminé de petites lumières - la route chaude du désert me béni - j'accélère encore - je suis vivant.


 

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Alligators 427 23/06/2009 14:36

alors là je suis sur le cul!....putain que c'est beau!ça m'a foutu les larmes ton revival buk...