Juillet 1999.

Publié le par BUK

C'est une petite fille qui va avoir onze ans - ou qui les a déjà eu et qui ne sait pas que sa grand mère n'est plus - et son frère - mon pote - ne peut pas lui annoncer - son père et sa mère ne sont pas là - et il est si triste - mais il ne doit rien faire paraître - refouler sa peine - et moi je sais tout - je suis près de Miranda - sur le balcon - le regard perdu un peu partout - un peu dans le ciel bleu - jaune rosé - un peu aux fenêtres de l'immeuble d'en face - un peu fixé sur la table où Miranda  - assise à ma gauche - sculpte de ses doigts une bougie qui se consume - elle sculpte et fixe la cire chaude sur la couche de cire déjà refroidie - la cire - ce torrent de lave volcanique - et j'entends Jérôme qui téléphone à sa mère - la fragile Anaïs est dans sa chambre où elle écoute " malade " la chanson de serge Lama sans doute et j'ai le blues putain - un blues lourd et pesant - au fur et à mesure de la conversation - je ne pouvais pas faire semblant de ne pas entendre - silence - pas un mot n'aurait pu sortir de ma bouche pâteuse et de ma gorge nouée - et je vois les yeux de Miranda ( éclairés par la bougie à se remplir de larmes - son visage est carrément jaune flamme éclairé comme un ange qui a envie de chialer mais qui ne doit pas - et je pense à Anaïs - à sa naïveté - qui croit peut-être que sa grand mère va mieux et qu'elle jouera encore avec elle aux jeux que font les enfants avec les anges - mais j'ai le coeur qui fond - ( probablement par la chaleur de la bougie - qui me regarde - incapable d'être aussi tarte aux fraises - soupe au lait et ce que l'on voudra )


L'année dernière c'était pareil - même chaleur - même beau soleil à la con - j'étais tout seul bordel - ils étaient tous partis voir Mamie et moi j'étais resté à cause de ces partiels à la gerbe - et j'étais en train d'arroser les fleurs - Maman m'avait dit de bien le faire tous les deux jours - et je reçois un coup de fil de mon oncle qui me dit " je vais t'apprendre une mauvaise nouvelle " - c'est toujours délicat à dire ça et tout d'un coup je repense à Anaïs - c'est dur à dire - lorsque ton grand père - ton papy - ton pépé - ton papouné - de quatre vingt trois ans te balance ça et chiale dans le combiné comme un môme - toutes mes condoléances que je lui ai dis - au début je n'ai pas eu de réaction - on appelle cela se sentir vide - et puis après pas besoin de vous dire ce qu'il s'est passé dans ma tête - ça se passe dans l'intimité d'une chambre moite et conne  - d'un lit d'un oreiller trempé au petit matin - et je repense à Anaïs - à son doux sourire serein d'il y a vingt minutes - à table - lorsqu'elle se moquait de la nouvelle coupe de cheveux d'Herbert Léonard.
Je n'y arrive plus - à présent les larmes lourdes et pénibles commencent à brouiller ma vue et couler doucement le long de mes joues mal rasées  - Miranda a toujours le regard perdu sur cette flamme - toujours en train de sculpter ce chef d'oeuvre de nuit qui pue la tristesse - je m'essuie la larme aussi discrétement que possible - comme un tic mal assuré - et déjà - une autre se forme et brouille ma vision et au même moment - Miranda se tourne à peine vers moi - aperçoit mon désarroi et je prend tout dans la gueule - son visage ses yeux posés sur moi - elle pose d'abord sa main dans la mienne - puis la serre en murmurant des paroles que je ne comprends pas bien - des murmures étranglés - mais je sais qu'elles sont douces et gentilles - je détourne le regard - sa main me frictionne l'avant bras - elle parle de Jérôme mais son murmure est prit dans l'air comme un ballon rose d'un enfant heureux de la voir voler - et la petite ourse nous observe de loin - sa main s'arrête à mon épaule.


j'essuie mes connes de larmes lorsqu' Anaïs apparait dans l'embrasure de la porte - derrière moi - elle lâche un petit " coucou " - je n'ose pas la regarder en face - je résiste - je ne veux pas qu'elle remarque mes yeux rougis et larmoyants - dans le même instant - Miranda ne la regarde pas - elle fixe la petite flamme qui s'épuise peu à peu - toujours douce et chaude - Jérôme revient et Miranda - pleine de grâce se lève pour aller raconter une histoire à la petite Anaïs - une histoire pour faire de beaux rêves - Jérôme s'asseoit près de moi et craque un peu - j'ai pas les mots - dans ces circonstances je ne les ai jamais - juste un regard qui dit " accroche toi , fais-le pour ta petite soeur ! " - mais je n'y crois plus - je suis rentré chez moi en chialant dans la voiture en écoutant Amalia Rodriguez à fond.

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