La cassette des souvenirs.

Publié le par BUK

On peut faire un retour en arrière sans que cela ne se voit. Du rewind. Comme une vieille cassette audio qu'on retrouve dans une boîte incertaine alors qu'on était sûr qu'on avait fini par la foutre à la benne de rage, sans le faire exprès. Cet objet ressurgit comme un miracle inattendu, alors on tremble un peu, on a envie de la foutre dans la chaîne hifi et de ré-écouter ce que l'on a produit y'a dix ou vingt ans. Une putain d'éternité sans signe de vie. Comme un mistral trop sec sur une gorge endolorie. On tremble on veut la came, les oreilles nous brûlent d'envie, la came, la came, la came. Bouton ON, ok, c'est bon, éject, rien à signaler juste de la poussière à l'intérieur, on s'en branle, la came, la came, on époussette d'un revers de manche les deux faces, on l'a fout dedans, on pense appuyer sur play, mais au dernier moment on stoppe l'affaire. Pas comme ça, pas comme un mort de faim. Pas comme un pique la rage, non, non. Jamais. Pourtant, la came est prête elle vous tend les bras comme une sister dévêtue. On se redresse. On va dans la cuisine, prendre un verre dans le vaisselier, le plus grand des verres. On le remplit à la fontaine d'eau fraîche du frigo. On retourne dans la chambre on s'asseoit sur le lit. Sur ce putain de lit. On se penche un peu on appuie sur play et le roulis de la bande peut commencer. La tête tourne, ouais putain c'est ma voix, c'est ma voix que j'entends et aussi le son de ma guitare métallique " el diablo " c'est ça c'est "el diablo" mon dobro qui ne quitte plus sa place de dessous le lit depuis 6 ans, depuis que ce chat de merde l'a fait tomber en pleine nuit en sautant de l'armoire et bing. Une des pires nuits de ma vie. Ivre endormi, réveillé, une vision de cauchemard, la guitare sectionnée en deux, le manche brisé à la cinquième case, cordes pentelantes, cadavre gisant sur le sol. On pleure, ok je pleure, je me souviens j'ai pleuré. Puis je me suis rendormi. Au réveil, juste avant d'ouvrir les yeux j'ai pensé " pourvu que cela ne soit qu'un cauchemard " mais non la guitare est brisée et il va falloir encore vivre de nombreuses années avec ce putain de chat débile. Ok donc, c'est le son du Dobro, qui fut réparé par un luthier béni des Dieux, ok, alors on cherche une date, les perruches, oui c'est les perruches de chez mes parents qu'on entend criarder derrière le slide et les mots écorchés comme des torchons sales, donc, chez ma mère, enregistrement fait dans le salon pendant qu'ils n'étaient pas là. Pas de parents, pas de soeur. Souvenirs, un après-midi torride, ou non plutôt mi-saison, printemps je dirais, avec un verre de bière tout à côté. Je me souviens de ça de la bière et des glaçons dedans parce que pas fraîche évidement. Quel con. Bière et glaçons. Débutant c'est sûr. Bon, après la fac, oui parce que, ça ne peut pas être autrement . La fac et sa pelouse interdite où je fumais des joints. Où je séchais tous les cours du matin pour lire les aventures de mes héros et boire de la bière dans ma voiture sur le parking. La fac et le dégoût, la fac et la mort, la fac et le sexe la fac et Aurélia qui m'ignore pendant deux ans - la fac à rien foutre juste écrire dans une bibliotèque universitaire bondée de petites cochonnes hautaines lorsqu'il faisait trop froid dans ma bagnole, et puis Aurélia qui me fout le coeur à l'envers, que je désire de loin, de prés, je m'invente des films comme d'habitude, ma jeunesse ma fac mon dobro ma cassette, c'est moi qui improvise des chansons de mes poèmes dans le salon de mes parents avec une bière pas fraîche et des glaçons dedans.

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