Une soirée.

Publié le par BUK

A l’heure des ennuis – piaule de je ne sais pas qui – pas trop grande – je crois – enfin je ne sais pas trop – y’a trop de fumée – deux filles dont une qui ressemble à Aline. On s’assit très vite parce que la passion n’y est pas – alors – plutôt que de s’étreindre de banalité – on s’assoit – on tombe par terre en s’allongeant – on fait tourner – je ne sais pas qui prend l’initiative – je ne connais pas grand monde et le peu de gens que je semble reconnaître – m’ignore avec une telle nonchalance déconcertante – je reste assis comme petit Bouddha et ils parlent mais je ne comprends pas bien ce qu’ils disent – ils parlent c’est tout – les filles rigolent – toujours allongées sur le côté – leurs rires lézardent ce que je pense n’être que mélancolie  - mais qui est bien plus compliqué à définir – la musique est trop forte – un type se lève et annonce qu’il va chercher du whisky – mais je sais qu’il va faire autre chose parce qu’il tire de l’extase la fille ( sa copine ) – comme ça en la prenant par le bras – y’a pas de doute – c’est celle qui rit très fort et qui ressemble à Aline.

Il reste deux types plus moi et l’autre fille allongée et on les regarde partir main dans la main – complices – et entrer dans une chambre – je crois – parce qu’ils n’ont pas allumé la lumière en ouvrant la porte et ça m’a paru bizarre d’aller chercher à deux une bouteille de whisky dans une chambre – dans le noir – et pendant ce temps les autres rigolent de plaisir et moi j’ai la gorge sèche qui me gratte – alors personne ne dit rien pendant un long moment – quelqu’un baisse le volume de la radio – peut-être pour que nos silences emplissent  la pièce – ou pour entendre le lit grincer et les couinements stupides de la fille qui miaule de plaisir à l’heure où je regrette d’être venu parce que j’ai si soif – j’ai l’idée de faire semblant d’aller aux toilettes et d’aller dans la cuisine pour prendre une bière – la voler en quelque sorte – et la boire d’une trait dans les w-c – mais je n’ai pas le courage de passer devant la porte de la chambre – tout le monde entend les râles du type mais tout le monde fait comme si de rien n’était – étrange et banal – et ça dure – alors on recommence notre petite cuisine et on se les allume dans une grande partie de plaisir mais il n’y a rien à faire pour soulager ma gorge douloureuse – je crois que je n’aurait pas dû fumer maintenant – sans l’espérance d’un verre d’alcool à portée de la main – ça dure des heures et des heures ( pas plus d’une demi-heure en fait ) et je sens que je vais devenir fou – le type revient l’air de rien alors que la fille file dans la salle de bain sans nous honorer d’un regard – on débouche deux bouteilles de Jack’ – on me verse la boisson dans un grand verre et je la savoure en me léchant les babines comme un con de chat et à cet instant j’ai l’air tellement con en redemandant ma ration que les autre rient et je suis content – ça va juste un peu mieux – après on raconte des histoires de pédés suceurs de bites et des phoques massacrés en Antarctique et ça tourne de nouveau – c’est le super pied maintenant et la fille de la salle de bain est déjà revenue s’asseoir et elle boit goulûment la divine boisson – je ne l’avais pas entendu revenir tout sourire – satisfaite – en lançant un vous parliez de quoi ? Et si on jouait à audace ou vérité hard-core lance un type  et j’en apprends des vertes et des pas mûres et je sens mon crâne flotter comme un grand lys et j’ai envie de rire comme eux – avec eux – mais se laisser aller serait entrer dans leur jeu stupide alors je passe huit fois mon tour et tout ça tourne autour de la même chose – je demande qu’on remplisse mon verre parce que ce n’est pas poli de s’empiffrer la bouteille en juif et je demande aussi qu’on trinque à cette divine soirée . J’ai l’impression que la musique est moins forte et que l’on parle plus doucement – mêmes les rires sont plus posés – le cercle semblent se rétrécir au fur à mesure que les taffes sont plus longues – je veux dire plus intenses – je sens mon esprit s’enliser tout seul dans un paquet de moules – et tant pis pour les sujets d’actualité tels que les McDonalds pris d’assaut par les agriculteurs en colère ou si Francis Lalanne est vraiment accro à la coke et j’entends une voix venue des pompes d’un type qui répond : pas plus que François Valéry – Yvette Horner ou Jacques Martin  - je ris un bon moment en pensant à ça  et je sens qu’une main s’attarde sur mon avant bras – je me retourne et je me retrouve en face de la fille qui ne ressemble pas à Aline – sa main glisse dans la mienne – je ne bande même pas et je m’aperçois que j’ai encore le joint entre les doigts et elle me dit avec sa si jolie voix – tout en se rapprochant de moi : t’éternises pas sur le bout ! File ! et elle finit quand même par l’avoir parce que je plus attiré par le whisky qui flotte dans mon verre – et je n’ai pas la trouille de le finir malgré qu’il n’en reste même pas un doigt dans la foutue seconde bouteille – je sais déjà qu’on va me stopper là – comme toujours – ils font toujours main basse sur le gnôle pour les types qui en demandent toujours plus que les autres – ça leur fout les j’tons de ramasser la gerbe à la serpillère ou de foutre dehors – comme ça – un gars qui aurait voulu se taillader les veines après avoir pris une biture d’enfer – le sang et la gerbe – peuvent pas blairer – mais je sais que ce ne va pas se passer comme ça ce soir – parce qu’après les bouteilles de whisky – les canettes fraîches vont faire leur apparition – et je m’en fous si celui qui se lève choisi la fille qui a une jolie voix quand elle picole – je m’en fous qu’ils aillent faire leurs saloperies dans la penderie – pourvu qu’ils fassent vite – parce que je recommence à avoir soif . Mais cette fois ça va très vite (aller-retour éclair sans aucune fille accrochée aux basques du type) – il ramène des Heineken – on trinque nonchalamment en parlant de je ne sais quoi – maintenant les filles sont assises en tailleur et je remarque leurs yeux magnifiques – noisette pour celle qui m’a chouravé le oinj - et de superbes yeux verts pour celle qui ressemble un peu à Aline – je m’envoie quelques rasades dans la tronche tout en scrutant leurs yeux de fées – de blanche neige.

Dans la confusion la plus totale un type essaie de tripoter la fille qui ne ressemble plus trop à Aline en lui faisant des chatouilles près des seins – un truc de merdeux quoi ! et le plus con c’est qu’elle se laisse faire jusqu’à ce que son mec mette les choses au point en haussant la voix – sans s’énerver. Le merdeux ne perd pas le nord pour autant malgré les douze grammes qu’il a dans le sang – il se jette sur l’autre fille – lui trouvant – soudainement plus de charme en la prenant par le cou histoire de – quelqu’un interrompt cette basse courtoisie pour proposer une énième tournée et les préparatifs commencent et s’enchaînent – chaque phase s’imbrique automatiquement l’une dans l’autre – on retire le shit du papier alu tout chiffonné – on fait chauffer sous une flamme d’un briquet avec une femme nue dessinée dessus – flambe – brûle – je vais aux toilettes pour pisser ma bière et personne ne s’accroche à mes basques et lorsque je reviens les feuilles de papier o.c.b sont déjà minutieusement collées en une sorte de T branlant et l’on sacrifie un cigarette de yeux noisette pour mélanger le shit avec le tabac brun – petite cuisine raffinée – doux rituel méticuleux – silencieux – qui met notre patience à rude épreuve – les yeux des filles brûlent d’envie – on se concentre sur l’habitude – et Ô rêve du travail à la chaîne – ce n’est pas un seul joint qui est en train de se fabriquer – mais tout le monde s’y met – et je m’y met avec tant d’attention que mes yeux pleurent pour rien et celui-là sera tout pour moi – l’image du bout incandescent commence à luire dans nos prunelles de déjantés – il aurait pu y avoir un incendie ou alors la fin du monde ou une chanson de Carlos à la radio que personne n’aurait bougé – tous attentionnés – calmes et concentrés – et je sens l’extase venir à ce moment où – touche personnelle – je fabrique le filtre  avec un morceau de carton mou enroulé – et tout le monde est allongé et tout le monde se rapproche et se cloître dans ses folies de rêves et je me sens si bien que je pourrais parler toute la nuit et je ne sais pas si j’ai dormi un peu avant ou après mon trip – mais cassé  - j’entends des voix qui montent et qui préparent un bang et – en bribes – j’entends des rires et quelqu’un qui répète assez fort comme ça j’y arrive pas j’y arrive pas j’y arrive pas au moins une vingtaine de fois d’affilée avant de se taire – et je sens alors le souffle de la fille aux yeux noisette se blottir contre ma face d’ange.

 

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babeth 29/08/2009 15:51

T'as le rythme dans la peau... et dans la plume....Bien aimé "rentrer" dans ta soirée déjantée, bien qu'en marge, comme d'hab.BisesBabeth